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ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC JEAN ROTTNER

(Source : Forum des Territoires de la Mission Ecoter | 01.10.18)

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« La transformation de nos territoires en smart territoires doit pouvoir concerner chacune de nos communes. »

Un an après son arrivée à la présidence de la Région Grand Est, l’Alsacien, Jean Rottner (LR) décrit ses priorités en matière de mobilité, de stratégie économique, d’emploi et de révolution numérique. Afin d’atteindre ses ambitieux projets, Jean Rottner les envisage comme une aventure collective au service des citoyens.

Rencontre avec un Président de Région très attaché à son territoire.

Mission Ecoter : Aujourd’hui, personne ne peut le nier, la mobilité́ est un facteur essentiel pour nos concitoyens et l’économie d’une région. Quelle est votre approche et quelle politique de développement menez-vous en ce sens ?

Jean Rottner : Les mobilités sont non seulement au cœur de notre quotidien à tous, mais elles sont aussi au cœur de l’actualité́ dans notre pays et les prochains mois seront décisifs avec notamment l’examen de la Loi d’Orientation des Mobilités qui va définir un certain nombre d’aménagements à réaliser et nous donner une vision à moyen terme de la structuration des transports en France. Les Régions ont désormais la gestion des trains du quotidien, les TER, des transports scolaires et interurbains et dans le cas de la Région Grand Est, nous sommes associés à la gestion de structures aéroportuaires et de ports et voies fluviales et au financement des routes nationales.

Du fait de l’opportunité́ que notre territoire nous offre, nous travaillons également avec nos voisins belges, luxembourgeois, allemands et suisses pour créer des liaisons transfrontalières. La Région dispose donc de nombreux leviers pour créer les conditions d’une offre plus performante et plus intégrée sur son territoire et elle doit jouer, à cet égard, un rôle de chef de file, en lien avec les autorités organisatrices des transports en milieu urbain, pour imaginer les solutions intermodales qui permettront à chacun de définir ses trajets au plus proche de ses besoins. Avec un budget de 867 M€ consacrés aux transports, 2700 km de voies ferrées, 408 gares et 1 700 trains par jour, la Région Grand Est est le premier réseau ferroviaire de France (hors Île-de-France). Nous sommes très attachés aux trains du quotidien, qui permettent aux salariés de rejoindre leur lieu de travail mais qui jouent aussi un rôle important de désenclavement des territoires, notamment ruraux. C’est pourquoi, pour pallier le manque d’entretien du réseau pendant de trop nombreuses années, la Région investit massivement, parfois en substitution à l’État et à la SNCF, pour le remettre à niveau et rendre ces lignes attractives à l’instar de l’électrification de la Ligne 4 entre Paris et Troyes. Dans le même esprit, la Grand Est est la première Région française à être prête pour l’ouverture à la concurrence sur des lignes TER. Nous avons également un rôle à jouer, avec la SNCF, dans l’adaptation des dessertes TGV afin de les adapter aux attentes du monde économique mais aussi de leur faire jouer leur rôle dans l’irrigation des territoires au sein des corridors européens. Dans le domaine routier, j’ai toujours plaidé pour une écotaxe sur les poids-lourds en transit, notamment étrangers, qui bénéficient aujourd’hui d’un effet d’aubaine sur un réseau national gratuit et perturbent le développement local. Au cœur de l’Europe, à la croisée des corridors continentaux, la Région Grand Est pourrait expérimenter cette option et prendre en gestion, dans la proximité́, une partie des routes nationales. Dans ce cadre, la Région, avec l’État, a, par exemple, repris la main sur la restructuration de l’A31 en Lorraine, axe majeur reliant la Mer du Nord à la Méditerranée. A travers les politiques publiques régionales menées en matière de transport, nous voulons faire la preuve qu’en réalité́ nous devons gérer et anticiper, non pas la mobilité́ mais les mobilités dans l’ensemble de nos territoires en prenant en compte les évolutions technologiques, les nouvelles habitudes de travail liées au numérique mais aussi les nouveaux flux vers nos voisins régionaux et frontaliers. La création du Grand Est a permis de lui donner le poids nécessaire pour entamer un dialogue plus équilibré́ avec les grandes institutions publiques françaises, comme la SNCF, mais aussi avec nos partenaires allemands ou luxembourgeois et d’obtenir des avancées notables en quelques mois, tant en termes d’offres de mobilités que d’économies d’échelle réalisées. Pionnière en matière d’innovations dans les transports et d’anticipation du multimodal, la Région Grand Est est aujourd’hui, sans conteste, la référence nationale dans le domaine des transports publics.

M.E. : Votre région a connu bien des chocs industriels. Elle est désormais identifiée par la Commission européenne comme région en « transition industrielle ». Cela se concrétise comment et de quelle manière ?

J.R. : Le Grand Est est une grande terre industrielle. Les territoires du Grand Est ont une histoire forte liée à l’industrie, et notamment à l’industrie lourde (métallurgie, sidérurgie...). Par ailleurs, l’industrie reste encore très présente dans l’imaginaire collectif et elle fait finalement partie de notre patrimoine historique, social et bien entendu économique. De nombreuses entreprises sont à ce titre symbolique de ce passé riche et glorieux. Je pense notamment à Arcelor Mittal et plus largement à la vallée de la Fensch en Moselle. Je tiens à rappeler que nous sommes la deuxième Région industrielle de France, avec 16% des emplois dans l’industrie, et avec une spécialisation sectorielle dans la fabrication d’équipements et de machines, la métallurgie, l’industrie du bois et les industries agro-alimentaires. Il s’agit d’un atout fort pour le dynamisme économique du Grand Est. Notre Région a un bel avenir industriel, j’en suis convaincu. Aujourd’hui, notre économie fait face à de nombreux défis, dont notamment les transitions numériques, technologiques et écologiques. Dans ce cadre, nous, Région avons une réelle responsabilité́ et un rôle important à jouer en tant que chef de file. D’une part pour sauvegarder la richesse de notre tissu industriel auquel je tiens très fortement et auquel je crois plus que jamais. Et d’autre part, pour permettre aux industries de réussir leur transformation, leur modernisation et leur transition vers ce que j’appelle l’économie du futur. Nous avons consenti beaucoup d’efforts pour maintenir un certain nombre d’entreprises, pour les consolider et pour favoriser les créations de nouvelles usines. Je pense notamment à Ascométal ou encore aux nombreux projets de développement au sein de l’industrie automobile du Grand Est (PSA, Mercedes). Dans le même temps, nous avons mis sur pied un programme qui permet aux entreprises industrielles de se moderniser et d’entrer dans l’ère du 4.0. Dans un contexte de désindustrialisation et de mutation économique, la Région est mobilisée pour aider les entreprises à intégrer les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes de production, tout en optimisant les ressources énergétiques et en repensant la place de l’homme dans l’entreprise. Mon objectif est que les industries puissent transformer leurs sites de production en unités plus intelligentes, flexibles, connectées et respectueuses de leur environnement. L’ambition ultime est de faire du Grand Est l’un des leaders européens en matière d’Industrie du futur. Notre action a été́ remarquée par la Commission Européenne et j’en suis extrêmement fier. Si la Région Grand Est a été́ identifiée, c’est notamment pour cette politique Industrie du futur qui permet de répondre aux enjeux de la transition industrielle, en apportant aux entreprises la possibilité́ de se moderniser tout en se trouvant dans une réflexion de transition écologique et de transformation digitale. Pour notre Région, cette distinction est une opportunité́ pour conforter notre politique industrielle. Les moyens mis à disposition par la Commission nous permettront de monter en puissance dans ce domaine où nous sommes déjà̀ fortement mobilisés. L’industrie n’est pas un gros mot. C’est une chance pour notre Région et je compte bien en faire un atout au service du développement de nos territoires et des générations futures !

M.E. : Certains départements de la région Grand Est sont très impactés en termes d’emploi. Comment adapter aujourd’hui stratégie économique, formation et emploi ?

J.R. : En 2016, lorsque la Région Grand Est a été́ créée, nous avions face à nous des territoires différents, avec des histoires, une culture et un passé économique différents. Aujourd’hui encore, chaque territoire du Grand Est a ses propres spécificités et je considère que cette diversité́ est une vraie richesse pour notre Région. Partant de ce constat, nous avons souhaité́ construire une stratégie économique cohérente pour l’ensemble du territoire régional, en prenant en compte les caractéristiques et les atouts de chacun. Notre stratégie vise à répondre aux mutations que connaissent lesdits territoires et plus largement notre économie régionale : transition énergétique et écologique, transformation numérique, nouvelles manières de produire (robotique), nouveaux champs économiques (économie durable), concurrence internationale. Aujourd’hui, l’emploi et le développement économique sont les premières priorités du Grand Est. Notre politique ambitieuse en faveur de la compétitivité́ et du soutien aux entreprises repose sur trois grands volets. Premièrement, il s’agit de construire l’économie de demain. Nous voulons transformer l’économie régionale pour répondre aux enjeux du futur et accompagner les acteurs pour qu’ils s’inscrivent dans les mutations actuelles. Deuxièmement, la Région a souhaité́ créer une relation de proximité́ avec les territoires et les acteurs économiques : nous sommes à leurs côtés afin de créer une puissance publique en réseau, de décliner nos dispositifs et d’accompagner les projets. In fine, nous sommes passés d’une collectivité́ de dispositifs et de guichet à une logique d’accompagnement sur-mesure, d’ingénierie, de conseil et de mise en réseau. Enfin, troisième volet, nous avons mis en place un arsenal de dispositifs pour renforcer l’attractivité́ économique de la Région et notre visibilité́ à l’international. Il s’agit de permettre au Grand Est, territoire situé au cœur de l’Europe, de rayonner économiquement afin de devenir une terre « business friendly », qui accueille les projets d’investissements étrangers et où les entreprises se développent. Aujourd’hui, après plus de deux ans et demi d’existence, je souhaite que le Grand Est aille plus loin dans sa politique économique. A mon sens, nous avons deux sujets sur lesquels nous devons impérativement être leader : le numérique et l’emploi. D’une part, je souhaite faire du Grand Est une « Digital Region » pour permettre aux territoires et à la collectivité́ de répondre aux enjeux de la transformation numérique (intelligence artificielle, Open Data, cybersécurité, etc.). D’autre part, je souhaite que notre collectivité́ mette en place une véritable politique de l’emploi, qui reposerait sur deux jambes : un service aux entreprises performant, clair et lisible ainsi qu’un accompagnement des demandeurs d’emploi, des actifs et des futurs entrants sur le marché́ du travail.

M.E. : En février dernier, vous avez rencontré le premier Ministre, Édouard Philippe, à propos notamment de la fermeture de la centrale de Fessenheim et de l’avenir du projet de Bure. Qu’en est-il, sachant que l’Environnement est une démarche qui vous tient particulièrement à cœur ?

J.R. : Notre société́ actuelle doit faire face à l’urgence climatique et nous pouvoirs publics, avons une importante responsabilité́, celle de préparer le monde de demain. C’est pourquoi, notre priorité́ est de répondre aux enjeux de transformation écologique et énergétique. En outre, au-delà̀ de ces phénomènes globaux, le Grand Est a été́ impacté par une décision politique prise unilatéralement par l’ancien Gouvernement ; il s’agit de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Cette décision aura des conséquences lourdes pour les salariés, les sous-traitants et les territoires sur le long terme : les effectifs vont largement diminuer et cela aura un impact sur la dynamique économique du territoire et sur l’ensemble de l’écosystème territorial, au sens large. La Région a donc décidé́ de prendre ses responsabilités et de transformer cette fermeture en une opportunité́ pour le Grand Est. Notre stratégie est de devenir un territoire à énergie positive et bas car bonne. Pour atteindre cette ambition, nous menons une stratégie globale qui repose sur trois jambes. En premier lieu, il s’agit de faire du Haut- Rhin un territoire de référence dans le développement des énergies bas carbone grâce à un projet de territoire « Post- Fessenheim », construit en lien avec l’ensemble des acteurs locaux et étatiques. En deuxième lieu, à travers le projet CIGEO, je veux faire du Grand Est un territoire d’expérimentation et de référence dans la gestion des déchets nucléaires et un leader dans le démantèlement des centrales. Enfin, plus largement, nous avons mis en place un schéma qui doit faire du Grand Est une Région leader en matière de mix énergétique et de verdissement de son économie. Nous plaçons l’ensemble de ces ambitions sous le sceau du développement économique et de l’innovation afin de donner une dimension pérenne aux projets. Notre action volontariste se traduira par des projets concrets. Par exemple, dans le cadre du projet de territoire relatif à Fessenheim, la Région mobilisera d’importants moyens pour développer les infrastructures de transport autour du site afin de créer des zones d’activité́ économiques capables d’attirer les investisseurs. Nous participerons également à l’implantation d’un centre mondial de référence dans le domaine des énergies, qui regroupera 100 à 150 chercheurs et un pôle de compétitivité́ de la filière nucléaire dédié́ aux énergies renouvelables. Nous créerons un centre de référence de la transformation industrielle en matière d’énergie avec une structure franco-allemande dans le domaine de l’industrie 4.0. Nous formerons aux nouveaux métiers induits par la transition vers la décarbonation des industries et des territoires. Bref, la Région Grand Est répond présent !

M.E. : Le très haut débit est aujourd’hui l’une des priorités, pas seulement gouvernementales, mais aussi citoyennes. Vous avez déclaré́ : « La transformation de nos territoires en smart territoires doit pouvoir concerner chacune de nos communes. » Où en est le déploiement du très haut débit dans votre région, région qui, avouons-le, avait quelque retard en la matière ?

J.R. : La révolution numérique rebat en profondeur les cartes des modèles classiques de fonctionnement des collectivités publiques, qui doivent s’adapter à ce changement qui bouscule tous nos domaines d’interventions (aménagement du territoire, éducation, formation, développement économique, etc.). Au-delà̀ des aspects techniques, le numérique permet de faciliter le rapprochement entre les citoyens et les décideurs, et in fine, de créer une « démocratie 4.0 ». Le numérique pousse à une transformation radicale de la manière de concevoir et de mettre en œuvre les politiques publiques. Je pense notamment à la « e-administration » et à l’ouverture des données. Et j’irai plus loin en disant que le numérique transforme notre rôle et notre statut de citoyen : de simple censeur-électeur, nous devenons progressivement des contributeurs, qui sommes « juge et partie » et où nous donnons notre avis. Conscient que le numérique a une importance stratégique pour l’avenir de nos territoires, la Région Grand Est a pour ambition de devenir une « Digital Region » et un territoire modèle en matière de transition digitale. Depuis deux ans et demi, la Région a mis sur pied un arsenal important dédié́ à l’accompagnement de la transition numérique (Lycées transition numérique des entreprises...) et au renforcement des infrastructures, dont le THD est notre plus belle réussite. Dès 2022, l’ensemble du territoire sera couvert par la fibre. Environ un million de prises vont être installées. Ce réseau d’initiative publique en fibre optique est le plus important de France de par son ambition technologique et le nombre de prises. Plus de 1,4 milliard d’euro vont être investis. Les travaux et le déploiement ont commencé́ en 2018. Aujourd’hui, au-delà̀ de ces dispositifs, nous souhaitons aller plus loin grâce à la mise en place d’une véritable stratégie globale afin de faire du Grand Est une « Digital Region » conquérante au cœur de l’Europe. Pour cela, nous allons travailler sur deux volets : la transformation interne de la Région et de l’administration pour créer un service public efficient et efficace plus proche des citoyens ; et la création d’un territoire intelligent et connecté afin de favoriser la transition digitale dans les domaines d’intervention régionale.

 
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